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Implosion du CFCM : faut-il s’en réjouir ?

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En France, un siècle après la loi de 1905 dite de « séparation des Eglises et de l’Etat », un laïcisme conflictuel s’est progressivement substitué à la laïcité tolérante originelle et s’érige aujourd’hui en rival-ennemi des religions et principalement de l’Islam. Les chauvins de la République, aveuglés par leur complexe de supériorité, s’obstinent à vouloir occidentaliser, pourchasser les traditions religieuses, laïciser tout ce qui est à leur portée et « dissoudre » tout ce qui leur résiste. Pour arriver à ses fins, le Pouvoir républicain n’a aucun scrupule à manipuler l’opinion par des manœuvres hypocrites, à instrumentaliser les drames et à promulguer des lois contraignantes. Compte tenu de leur plus grande rétivité à la domestication, les Musulmans sont en conséquence plus particulièrement l’objet d’offensives contre leurs croyances et leurs pratiques. La législation totalitaire et discriminatoire résultant des affrontements dogmatiques entre la République et l’Islam contribue largement à détériorer une cohabitation intercommunautaire qui pouvait demeurer des plus cordiales.

Une loi « anti-séparatisme », en réalité « anti-islamisme », est en voie d’adoption à l’Assemblée Nationale et au Sénat et, via le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), une charte de soumission républicaine en échange de labellisation est en passe d’être imposée aux Imams officiant dans l’Hexagone. Le CFCM, à la botte de son géniteur le Ministère de l’Intérieur français était, par défaut depuis une quinzaine d’années, la plateforme la plus aboutie imposée à la Communauté Musulmane. Était, puisqu’il est en train d’imploser et de trépasser. De profundis[1] ! Trois de ses fédérations[2] adhérentes se sont opposées à la « loi anti-séparatisme » et ont refusé de ratifier en l’état la charte pro-gouvernementale des Imams et quatre autres de ses fédérations[3] se sont rebiffées contre l’autoritarisme du président en titre et font sécession. À quelque chose malheur est bon puisque l’État français prétendument laïc – auquel il est normalement interdit de s’immiscer dans les religions – se voit couper l’herbe sous le pied faute d’interlocuteur crédible et de caution religieuse. Bien fait !

Si elle était stratégique, la débandade du CFCM serait ovationnée jusque par ses détracteurs. Mais, les « organisations » musulmanes qui le composent étant « inorganisées », égocentriques et anarchiques, cette joyeuse pagaille n’est que la résultante logique de leurs tares. Mohamed Moussaoui, propose de renforcer le CFCM qu’il préside « via la création des conseils départementaux du culte Musulman qui auront la légitimité requise et aboliront par la même occasion les frontières et les divisions artificielles que créent les fédérations au sein même de l’instance représentative du culte musulman ». Les dissidents veulent « mener une réflexion approfondie pour la refondation de la représentation du culte musulman en France » et « participer activement à ce travail de réflexion qui permettra l’émergence d’une structure représentative du culte musulman en France capable de répondre aux attentes et aspirations des musulmans de France ». « Les promesses électorales n’engagent que ceux qui les écoutent », comme disait un de ces politiques indélicat dont le nom ne mérite même pas d’être mentionné. Les belligérants auront beau manifester bruyamment leur soudain intérêt communautaire, personne n’y donnera le moindre crédit.

Des « personnalités », des mosquées, des associations, des organisations agissant dans le « créneau musulman » font parler d’eux avec plus ou moins de sérieux et de succès. Leurs initiatives sont solitaires, sommaires, très souvent éphémères et aussi bien bonnes que mauvaises. Compte tenu des orientations dogmatiques ou politiques de chacune, de leur individualisme et parfois de leur narcissisme, leur coopération est intermittente ou par inadvertance, laborieuse en cas de nécessité impérieuse ou dans l’intérêt général, voire impossible. À travers le pays, sur les millions de Musulmans ciblés par l’islamophobie d’État, quelques centaines de personnes tout au plus se mobilisent pour s’opposer à la détérioration des conditions d’observation de leur religion. En comparaison, l’antiracisme rassemble dix fois plus. Les insouciants qui font tranquillement le dos rond en attendant que ça passe sont-ils conscients que les faibles mobilisations mettent les organisateurs des mouvements contestataires au ban des Autorités et donc en danger ? À moins que ce ne soit stratégique !

Daniel-Youssouf Leclercq

[1] Expression latine de deuil, à la suite d’un décès.
[2] Le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), la Confédération islamique Milli Görüs (CIMG) et Foi & Pratique.
[3] La Grande Mosquée de Paris, le Rassemblement des musulmans de France (RMF), Musulmans de France (MF) et la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA).

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