ASSURANCE MOSQUÉE vous explique comment mettre en place un abattoir mobile

Bilal Muezzin
  •  
  •  
  •  

La problématique de l’abattage rituel en France est souvent source de polémiques. Parmi les polémiques récurrentes chaque année, le sacrifice d’un agneau au moment de la grande fête, Aïd el kebir, source de toutes les crispations. Entre défenseurs du bien-être animal d’un côté, et musulmans soucieux de pratiquer leurs traditions de l’autre, nombre d’associations musulmanes ont compris l’enjeu d’organiser ses propres abattoirs mobiles temporaires pour l’Aïd el kebir. Assurancemosquee.fr, spécialiste dans l’accompagnement des mosquées de France, vous explique les grandes lignes et les différentes étapes pour mettre en place un abattoir halal pour l’Aïd.

OUVRIR UN ABATTOIR HALAL, UN DROIT COMME UN AUTRE

L’abattage rituel, aussi appelé abattage cultuel se différencie de l’abattage dit traditionnel par l’absence d’étourdissement de l’animal au moment de sa mise à mort. Celui-ci est garanti par le droit européen (règlement 1099/2009 du 24 septembre 2009) ainsi que par la législation française (art. R. 214-70 du Code Rural et de la pêche maritime) mais, étant donné que la règlementation française rend obligatoire l’étourdissement destiné à la consommation humaine, l’abattage rituel (halal et casher) prend la forme d’une dérogation.

En cela, l’abattage rituel doit être effectué dans un abattoir agréé par les services préfectoraux, après immobilisation de l’animal et dans le respect des mesures en matière de bien-être animal (BEA) prévues par la réglementation, notamment la formation et la délivrance d’un certificat de compétence pour tout opérateur en contact avec les animaux vivants. Différents services de vétérinaires contrôlent l’abattage afin de s’assurer de la conformité.

Devant la demande croissante des musulmans lors de la grande fête du sacrifice et l’impossibilité structurelle pour les acteurs de l’industrie agroalimentaire de répondre à cette demande, l’Etat s’est engagé à faciliter les démarches pour la mise en place d’abattoirs mobiles temporaires pour la célébration de cette fête sacrée pour les musulmans. Ainsi pour l’Aïd 2018, ce sont près de quarante abattoirs halal temporaires qui ont reçu un agrément du ministère de l’agriculture.

Ces abattoirs sont clairement insuffisants pour couvrir l’ensemble de la demande, et de nombreuses mosquées songent elles aussi à organiser leur abattoir. Voyons à présent comment fonctionne un abattoir halal.

COMMENT FONCTIONNE UNE CHAINE D’ABATTAGE ?

En matière d’abattage, les autorités distinguent deux zones qui ne se mélangent pas et qui obéissent à leurs règles propres : la vie et la non-vie.

LA PRIMAUTE DU RESPECT DE L’ANIMAL TOUT AU LONG DE SA VIE

La zone vie, comme son nom l’indique, est celle qui concerne l’animal vivant jusqu’à son décès. Dans le cadre du respect du bien-être animal, plusieurs réglementations ont été pensées pour garantir le bon traitement des animaux, et ceci à chacune des différentes étapes de leur vie qui sont les suivantes :

L’élevage : les bêtes doivent être identifiées via une boucle qui se trouve sur leur oreille, et disposer de leur passeport vétérinaire qui atteste de leur suivi.

Le transport : des règles bien précises ont été édictées pour le transport des animaux vivants. Ainsi, les animaux destinés à la consommation humaine doivent être transportés dans des véhicules spécialement adaptés au transport d’animaux. Ils ne doivent pas être serrés, afin qu’ils n’étouffent pas.

La réception dans le box : les animaux doivent avoir à boire et à manger, ne pas être agglutinées, et ne pas être exposées à de fortes températures.

Du box au restrainer : les bêtes ne doivent pas être stressées ni brusquées, et ne doivent pas pouvoir observer la zone de « non-vie ».

• L’abattage : le respect des règles de vies animales veut que la bête sacrifiée souffre le moins possible. En cela, il est nécessaire d’avoir un couteau bien aiguisé.

LES DIFFERENTES ETAPES APRES L’ABATTAGE

La non-vie commence au décès clinique de l’animal. On entend par décès clinique le moment où il n’y a plus aucun reflexe pupillaire. Celui-ci diffère d’une espèce à une autre, et d’une bête à l’autre. Si un ovin met généralement entre 1 minutes 30 secondes et 2 minutes pour mourir, les autorités vétérinaires considèrent qu’un ovin est mort minutes après son égorgement. La non-vie englobe plusieurs étapes, à savoir :

L’égouttage, qui intervient après la saignée, qui consiste à vider l’animal de son sang. Celui-ci est entamé au moment de la saignée et continue sur table de repos le temps qu’il décède.

Le dépouillage, qui consiste à retirer la peau de l’animal. Cette étape peut correspondre à plusieurs postes de travail. D’une part le pré-dépouillage, qui se matérialise par l’entrave des pattes de l’animal afin de faciliter la tâche au dépouilleur. C’est généralement à ce moment que les pattes sont coupées. Vient ensuite le tire-cravate, qui consiste à retirer la peau à partir du sternum.

L’éviscération, qui consiste à retirer de l’animal les viscères afin de le conserver. On entend par viscères les différents organes tels que le cœur, les poumons, l’estomac, les intestins, etc.

Le traitement des abats, qui consiste à récupérer, nettoyer et contrôler les différents abats comestibles : foie, cœur, poumons, etc.

Le stockage de la carcasse, à l’air libre à température pour une durée maximale de 30 minutes, dans une chambre froide au-delà.

LE TRAITEMENT DES DECHET ET L’HYGIENE

Les services vétérinaires veillent également au traitement des déchets. Par déchet il faut entendre tout ce qui ne peut être utilisé, à savoir les peaux, le sang, certains viscères. Pour cela, elles intiment aux responsables d’abattoirs de disposer de bennes d’équarrissage dans lequel seront entreposés tous les déchets. Notez que dans certains cas, si les conduites d’évacuation d’eau de l’abattoir temporaires présentent un risque, même le sang devra être jeté dans les bennes d’équarrissage. En cela il faut prévoir des bacs pour le collecter plus facilement, notamment au moment de la saignée et de l’égouttage.

Les autorités sanitaires sont très strictes en matière d’hygiène. Elles inspectent l’avant, le pendant et l’après.

LE MATERIEL

La réglementation française n’impose pas de matériel particulier, elle dispose de règles que les services de l’Etat sont chargés de faire appliquer. Toutefois, deux solutions existent pour une mosquée voulant mettre en œuvre un abattoir temporaire : la ligne d’abattage automatisée, et la ligne d’abattage artisanale.

LA LIGNE D’ABATTAGE AUTOMATISEE

De loin la solution la plus simple, la plus pratique, mais aussi la plus onéreuse. Une ligne d’abattage automatisée prévoit des postes automatisés de la conduite des ovins jusqu’à leur stockage, facilité par un rail aérien qui enlève la pénibilité d’avoir à porter chaque carcasse entre chaque poste.

Une ligne d’abattage est vendue avec sa formation pour l’utiliser, et est garantie un certain nombre d’années. C’est l’outil idéal pour les mosquées qui visent le long terme, d’autant plus qu’elle nécessite moins de main d’œuvre qu’une ligne artisanale.

Malgré ces avantages, les deux principaux inconvénients de la ligne d’abattage automatisée sont le coût et le stockage. En effet, une ligne coûte plus de 100 000 €, demande à être entretenue, et la question d’où la stocker se pose.

Une ligne d’abattage automatisée peut tourner à la cadence d’un mouton toutes les trois minutes, soit 20 moutons par heure, ce qui représente pour une journée de travail entre 200 agneaux.

Exemple d’une ligne d’abattage mécanisée

ligne d'abattage mécanisée
LA LIGNE D’ABATTAGE ARTISANALE

La solution la moins chère, la plus adaptée aux petits budgets, mais qui demande le plus de main d’œuvre et qui recquiert le plus de patience. Pour disposer d’une ligne d’abattage artisanale, tant que les mesures d’hygiène et d’immobilisation de l’animal sont respectées, vous pouvez mettre en place votre abattoir temporaire sous un chapiteau.

En lieu et place du piège automatisé, une table de saignée dix fois moins chère équipée d’un dispositif immobilisant l’animal est possible. Quand au rail aérien, il est remplacé par des potences.

Le principal inconvénient des lignes d’abattages artisanales est qu’elles nécessitent plus de main d’œuvre et sujette à plus de pénibilité. En revanche, elles offrent la possibilité de faire plus de rendements journalier, puisqu’il est possible d’installer non pas une mais plusieurs tables de saignées.

LE MATERIEL STANDARD

Chaque opérateur doit être équipé de blouses, de bottes, de gants et d’une charlotte. Il faut prévoir également un dispositif pour l’eau courante, des couteaux professionnels, de quoi les aiguiser, des casques, et des lunettes de protection pour les sacrificateurs. Les inspecteurs vétérinaires ont tout pouvoir pour faire sortir un opérateur qui contreviendrait aux règles d’hygiènes définies.

LA FORMATION DU PERSONNEL

Pour que les autorités préfectorales et sanitaires donnent leur accord à la mise en place d’un abattoir temporaire ou mobile, vous allez devoir former le personnel amené à intervenir de la réception à la mort des animaux, ce que l’on appelle en langage technique « vie » au Bien. Cette formation est valable 5 ans et son prix est à la discrétion des organismes de formation habilités à la dispenser. Elle permet d’obtenir un certificat de compétences habilitant à travailler dans les abattoirs, et a pour objectif de connaître les principes fondamentaux du bien, de maîtriser les points clés de la réglementation, d’acquérir les méthodes pour évaluer le respect de la protection animal au cours de l’abattage.

Cette formation est obligatoire.

VOS DEMARCHES

Afin d’organiser cette année votre abattoir temporaire vous devez dès à présent discuter avec les autorités préfectorales, les autorités municipales et les services vétérinaires.

N’hésitez pas à vous porter bénévoles dans les nombreux abattoirs temporaires agrées afin de voir de l’intérieur le fonctionnement, et à rencontrer les responsables pour qu’ils vous aiguillent.

Organiser un abattoir mobile n’est pas compliqué en soit. Il faut se renseigner au préalable auprès des autorités compétentes et s’y prendre plusieurs mois à l’avance. En espérant que vous ouvriez le vôtre rapidement pour satisfaire la demande de la communauté, et Aïd Mubarak d’avance.

Vous êtes membre d’une association cultuelle musulmane ?

Découvrez assurancemosquee.fr,
Le leader de l’assurance des mosquées de France.


Assurance mosquee


  •  
  •  
  •  
Bilal Muezzin
La Rédaction D&M
A propos La Rédaction D&M 1824 Articles
Journal des Mosquées de France : Actualité | Islamophobie | Événements | Histoire | Chroniques | Éducation | Spiritualité

1 Commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*