Le 3 Mars 1924, l’abolition du Califat

Bilal Muezzin
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Cette date symbolique dans l’Histoire de l’Empire Ottoman marque le 95ème anniversaire d’un événement tragique pour la Ummah, (Nation Musulmane) tellement capital que nous en ressentons encore aujourd’hui les répliques ; l’abolition du Califat Islamique.

Cet événement a marqué un point crucial dans l’Histoire que même la majorité d’entre nous n’en a pas conscience. Pour bien comprendre ce qui s’est passé ce jour là, il nous faut repartir à Istanbul, en l’an 1924.

Il est plus de minuit, on perçoit une petite lueur, provenant de la bibliothèque du Palais de Dolmabahçe. Là, se trouve un vieil homme assis tranquillement en train de lire le Coran, réfléchissant à l’état actuel de la Ummah. Son nom est Abdülmecid II et il est le 101ème Calife de l’Islam.

Les forces nationalistes Turques ont finalement mis un terme à l’Empire Ottoman, ils ne pouvaient cependant pas abolir le Califat dans la foulée, par peur d’une réaction violente de la population Turque qui aurait pu s’en suivre. Ils entamèrent donc une campagne de violence et d’intimidation pour s’assurer que ceux qui encourageaient le Calife soient éliminés.

La décision est prise dans la nuit du 3 Mars 1924. Un jeune messager de l’Armée ouvrit la porte de la bibliothèque. Le Calife continuait de lire le Coran. Dans un premier temps, le messager fut surpris par cette situation, mais il se força à lire la proclamation de la Grande Assemblée de Turquie.

Le Calife refusa de quitter Istanbul, mais son personnel craignait d’être tous tués par l’Armée qui encerclait maintenant le Palais et qui étaient visés, incluant femmes et enfants, par les armes des soldats.

Après avoir fait le point sur les faibles options qui s’offraient à lui, il empaqueta avec réticence quelques affaires et et fut conduit à l’exil.

Avant la prière du matin, (Fajr), le Calife fut conduit sous la menace des armes à la gare, où lui et les siens furent embarqués à bord de l’Orient Express à destination de la Suisse. Une enveloppe contenant 2000 Livres Sterling fut remise à l’homme qui laissait derrière lui des palais entiers de diamants, d’émeraudes et d’or. Le chef de gare conduisit rapidement le Calife et sa famille dans une petite demeure attenante à la gare pour les protéger du froid qui régnait sur le quai, en attendant le train qui allait les emmener vers un triste voyage. Pendant qu’ils buvaient un thé, le Calife le remercia pour son hospitalité.

Le chef de gare, un juif, se mit à pleurer. “Comment pouvez vous me remercier ?” demanda-t-il, tout en sachant pertinemment que c’était le Calife de l’Islam qui avait préservé la vie et la dignité des Juifs quand ils étaient persécutés dans le monde (plus précisément en Espagne).

A la place, il remercia le Calife d’avoir eu l’honneur de le servir, même si ce fut pour un bref instant.

Au petit matin, les musulmans s’éveillèrent à l’annonce de ce qu’ils avaient peine à croire puisse arriver, le califat avait bien été aboli. Il y eut quelques émeutes isolées dans plusieurs endroits, mais l’armée mit un terme rapide et sans pitié à ce soulèvement.

Le dernier Calife, quand à lui, finit ses jours paisiblement à Paris, en France. Là, il vécut une humble vie jusqu’à sa mort en 1944 pendant l’occupation allemande. Comme aucun des califes n’avait jamais été inhumé dans une terre non musulmane, le corps d’Abdülmecid II fut transporté et enterré à Jannat Al-Baqi le cimetière de Médine, en Arabie Saoudite.

Souvenons de ces instants qui ont divisés à jamais la Nation Musulmane et réduit à néant la communion de cette Ummah. Aujourd’hui, nous en tirons les tristes conséquences.

Source : Chroniques Ottomanes


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Bilal Muezzin
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1 Commentaire

  1. “Le dernier Calife, quand à lui, finit ses jours paisiblement à Paris, en France” Le calife était un peintre de très grand talent qui avait fait une partie de ses études artistiques en France. Ses œuvres sont trouvables sur le net. “qui laissait derrière lui des palais entiers de diamants, d’émeraudes et d’or” Cela n’appartenait-il pas au peuple turc?

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