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Il y a 35 ans, le massacre de Sabra et Chatila

Il y a 35 ans, entre le 16 et le 18 septembre 1982 eu lieu l’un des pires épisodes de l’histoire du « conflit » encore actuel en Palestine : le massacre de Sabra et Chatila.

Nous sommes alors au Liban, et une guerre civile opposant les différents courants politico-religieux du pays a déjà cour depuis 7 années. Deux jours avant les dits événements, le 14 septembre, la nation multiculturelle rêvée des français voit ainsi son nouveau président, Bachir Gemayel, mourrir dans un attentat. Palestiniens et dirigeants musulmans voisins démentent toute implication, mais le propos n’est point entendu. C’est du côté des membres de l’OLP que les yeux se tournent. Le gouvernement israélien, qui s’était fait l’allié des chrétiens libanais et soutien officiel du président assassiné répond ainsi à l’attentat en envoyant ses forces armées dans Beyrouth-Ouest, bafouant de fait, l’accord signé avec les américains plus tôt.

L’objectif est alors de chercher les auteurs qui seraient selon toute invraisemblance présents dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, en activité depuis les lendemains de la création de l’Etat d’Israël en cette partie du Liban. Mais les soldats de Tsahal n’y rentreront pas. Du moins pas officiellement. La tâche est confiée, après une rapide concertation entre les différents protagonistes, aux phalangistes locaux, une entité politique militarisée devenue milice, chrétienne, et déjà l’auteure de nombreux massacres perpétrés contre des musulmans. Les camps encerclés, la nuit du 16 septembre tombée, des centaines d’hommes en armes éclairés par les tirs de mortiers israéliens, entrent ainsi dans les rues et demeures des réfugiés. Arbitrairement, des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants sont exécutés ça et là. D’autres sont enlevés, ou encore regroupés en des lieux tenus à l’écart de leurs familles. Certain(e)s arrivent à fuir et en alertent les journalistes et habitants voisins.

Les autorités américaines appellent les intéressés à quitter le camp au lendemain matin craignant de voir la situation virer au cauchemar. On leur autorise néanmoins l’usage de bulldozers, ceci afin de détruire les « constructions illégales ». Toute la nuit des habitations seront ainsi détruites, les exécutions sommaires continuant. Des médecins et infirmières sont même empêchées d’exercer leur métier. Le 18 au matin, ils obéissent alors à l’ordre qui leur a été donné de quitter les camps. Là, membres de la Croix Rouge comme journalistes découvrent ce qu’il s’est passé. On s’aperçoit, ceci corroborant les premiers témoignages de ceux ayant réussi à fuir, que si des combattants palestiniens ont été tués, ce sont surtout des civils, désarmés, que l’on retrouve gisant dans leur sang. Les journaux en font leur une et rapidement, des enquêtes sont lancées afin de déterminer les coupables. On parle alors de près de 3000 morts et disparus du côté palestinien en un plus de 48 heures.


« Dans l’une des rues du camp, où l’on relève des traces de bulldozers qui ont défoncé les murs des habitations, des morts sont allongés sur les trottoirs. Personne n’a été épargné, ni les hommes ni les animaux. Couchés dans une courette, près de huit corps humains, deux cadavres de chevaux dressent leurs jambes en l’air. Un peu plus loin, des poulets et des chats ont été abattus par des rafales d’armes automatiques. (…) Des familles ont été surprises alors qu’elles dormaient sur des nattes. Des bébés semblent encore dormir sur leur couche. Dans les cours traînent encore des jouets qui ont été précipitamment abandonnés. » pouvait-on lire en un article d’époque du Figaro rédigé par Jean Jacques Leblond.

De nombreux témoignages feront aussi état de toute la sauvagerie avec laquelle les miliciens et selon de nombreux dires, des soldats israéliens, massacrèrent les réfugiés présents. Pierre Béan rapportait ainsi pour Le Monde Diplomatique le témoignage d’Oum Chawki : « On nous a fait monter dans une camionnette, qui a roulé vers l’entrée du camp de Chatila. Les militaires ont séparé les hommes des femmes et des enfants. Le Libanais a pris les papiers de trois de nos cousins avant de les abattre devant nous. (…) Visages déformés, gonflés… J’ai vu vingt-huit corps d’une même famille libanaise, dont deux femmes éventrées… J’essayais de repérer les vêtements de mon fils et de mon mari. »

L’auteur de l’attentat à l’origine du massacre est finalement arrêté, il s’agissait d’Habib Chartouni, militant chrétien membre du Parti social nationaliste syrien (PSNS). Mis en prison, il s’évadera 8 ans plus tard et ne sera jamais retrouvé. Etonnamment, c’est du côté israélien que la dénonciation du massacre se fera l’une des plus fortes. En quelques jours, c’est près de 400 000 israéliens, surtout d’extrême gauche, qui vont se fédérer en un mouvement pointant du doigt Ariel Sharon. Une commission d’enquête est montée, alertant l’opinion publique, mais n’aboutissant à aucune sanction. Du côté libanais, les regards se tournent vers les services secrets locaux, et particulièrement sur leur chef Elie Hobeika. Mais le nouveau président, phalangiste affirmé, fait l’autruche et ira jusqu’à nier l’implication des miliciens. Une loi d’amnistie est même votée 9 ans plus tard exonérant l’ensemble des protagonistes armés. Elie Hobeika continuera sans blâmes sa carrière politique des années durant, jusqu’à ce que son destin le rattrape : i mourra dans un attentat 20 ans plus tard.

Sarrazins

A propos de l'auteur

Renaud KLINGLER
Renaud KLINGLER
Blogueur, fondateur du site "Sarrazins", un webzine indépendant, crée en 2016, qui a pour vocation d’apporter un regard musulman sur l’actualité

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