L'expatriation au Royaume-Uni

Quand le sultan Abdülhamid II fit plier la République

C’est une anecdote issue d’un passé révolu – bien que pas si lointain – où les dirigeants du monde musulman avaient encore le souci de l’honneur de l’islâm et de son Prophète ﷺ‬…

En 1888, le poète et dramaturge Henri de Bornier décide – dans ce qui deviendra une longue tradition française – de caricaturer le Prophète Muhammad ﷺ‬ dans une pièce de théâtre sobrement intitulée « Mahomet », où il est notamment représenté se suicidant à cause d’une femme en invoquant Jésus-Christ pour son salut, et décrit comme un homme « à la tête vide de bon sens, le plus fou de la Mecque » (qu’Allâh le préserve de telles calomnies). L’affaire s’ébruite rapidement jusqu’à Alger, puis Istanbul, où un journal ottoman publie des extraits des répétitions en cours à Paris.

Aussitôt, le sultan Abdülhamid II prend contact avec le ministère des Affaires étrangères français par l’intermédiaire de son ambassadeur à Paris, Munir Sâlih Pasha : il n’est pas question que la pièce soit jouée. L' »artiste » tente de se défendre en invoquant les drames chiites perses qui représentent la mort de Muhammad ﷺ‬, affirmant que son œuvre n’est pas une attaque contre l’islâm (un air de déjà vu…) et proposant qu’elle ne soit pas diffusée dans les territoires musulmans alors sous occupation française, l’Algérie et la Tunisie. Mais Abdülhamid ne veut rien entendre : ses menaces sont d’autant plus prises au sérieux que l’ennemi intime de la France, l’empereur allemand Guillaume II, débute alors son voyage vers les terres ottomanes. Les diplomates français mettent en garde leur gouvernement contre tout acte qui pourrait rapprocher davantage les deux empires, et craignent une explosion de colère en Afrique du nord soutenue en sous-main par le sultan, qui a déjà montré son influence sur les masses musulmanes et sa capacité de nuisance en Inde britannique.

Face à l’insistance de la diplomatie ottomane, le Conseil des Ministres français finit par céder. Le 1er avril 1890, le journal Le Temps publie ce communiqué succinct : ‘En prévision des difficultés diplomatiques auxquelles pouvait donner lieu la représentation sur une scène française du ‘Mahomet’ de M. de Bornier, le Conseil des ministres, dans une de ses dernières réunions, a décidé que la tragédie en question ne pouvait être représentée ni sur une scène subventionnée, ni sur aucun autre théâtre. L’ambassadeur de France à Constantinople a été chargé d’aviser le sultan de cette décision.’ La pièce ne sera finalement jamais jouée en public, trouvant sa véritable place dans les poubelles de l’Histoire, tandis qu’Abdülhamid, après avoir fait plier la République, saluera diplomatiquement la décision « sage » du président Sadi Carnot. L’honneur du Prophète ﷺ‬ était sauf.

A propos de l'auteur

Issâ AR-RÛMÎ
Issâ AR-RÛMÎ
Blogueur, fondateur du blog "Dar al-Murâbitîn" consacré à l'histoire et l'actualité à la lumière de l'Islam

1 Commentaire sur "Quand le sultan Abdülhamid II fit plier la République"

  1. C’est extra, espérons que cela se reproduise plus souvent!

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