L'expatriation au Royaume-Uni

2 janvier 1492 : chute de Grenade

Le 2 janvier 1492, le dernier Nasride connu sous le nom de Boabdil dépose ses armes et donne les clés de Grenade aux Rois Catholiques d’Espagne. C’est la fin du dernier émirat en Espagne qui clos un long chapitre de huit siècles de domination musulmane en Espagne, la si lointaine et pourtant si proche Andalus. Étalée sur cinq siècles, hectare après hectare, terrain après terrain, village après village, ville après ville, le processus de reconquête chrétienne , la Reconquista, ne se limita pas à la péninsule ibérique. Dès le début du XVIe siècle, elle déborda en Afrique du Nord et sur les côtes Atlantiques et Méditerranéennes avec comme volonté la conquête de l’Afrique et d’y libérer le Royaume du Prêtre Jean (surement l’Ethiopie) pour mieux foncer sur Jérusalem.

Célébration de la chute de Grenade le 2 janvier 2014, avec le personnage incarnant Boabdil qui rend les clés de la ville

Croisades pour les uns, opportunité économique pour les autres, ces opération s’accélérèrent en 1505 avec la prise de Mers-el-Kébir en 1505, celle d’Oran en 1509, puis Alger et Béjaia l’année suivante. En 1511, Mostaghanem est soumise et Tlemcen voue allégeance à la Couronne espagnole. En 1535, c’est au tour de Tunis de vivre à l’heure de l’Espagne en mode Reconquista.

Il faut attendre les années 1520 pour voire une réaction de la part du monde musulman avec l’intervention salvatrice des Corsaires Ottomans, avec à leur tête les frères Barberousse qui libèrent Alger en 1529, en faisant le point de chute central où furent coordonnées toutes les actions maritimes et terrestres contre les Espagnols en terre Africaine. L’effet est fulgurant, la vapeur est renversée.

En 1541, l’Empereur Charles Quint doit coaliser une flotte réunissant toutes les puissances européennes pour anéantir la team Barberousse et, sûr de son succès à Tunis, se déplace en personne. Rien n’y fait, la coalition européenne est battue sévèrement et les Corsaires Ottomans deviennent les maîtres de la Méditerranée, osant même tenter une reconquête de Al Andalus via les Baléares.

Le conflit opposant les Reconquistadores à l’Islam n’étant pas résolvable par la voie politique et les Ottomans ayant assuré la stratégie militaire empêchant les conquêtes espagnoles en Afrique, le conflit ne s’arrête pas là et devient économique : les Conquistadors sont en pleine conquête de l’Amérique et le pillage qui en découle assure le maintien d’une armée puissante. Devant assumer la tâche de gérer un territoire s’étalant de l’Autriche à la Perse, des sables du Sahara aux steppes tatares, les Ottomans ne peuvent entreprendre la conquête de l’Amérique. Néanmoins les Corsaires agissant sous mandat Ottoman et auxquels est confié le titre de l’Amirauté (Amir-ul-Bahr, Emirs de la Mer) se chargeront de stopper le commerce par la course.

Trois siècles durant, Alger, dont l’importance est une conséquence directe de la chute de Grenade, mais également Tunis, Tripoli et Sla (Salé) organisèrent l’appauvrissement de l’Europe en quête de conquête via leurs opérations. Lorsque au XIXe siècle, ces Régences tombèrent les unes après les autres, le modèle du libéralisme anglo-saxon ne trouva pas de barrière pour s’implanter en Afrique : plus de barrières douanières ottomanes, plus de présence armée pour limiter ou contenir l’enrichissement des puissances en devenir, une autoroute ouverte pour un pillage au noms des valeurs de l’Occident.

A la toute fin de l’empire Ottoman, lorsque le Sultanat fut aboli et la République proclamée en Anatolie, ces mêmes puissances Occidentales prirent soin de faire signer en pièce jointe du Traité de Lausanne la Convention sur les Détroits, afin de s’assurer de la libre-circulation des biens de consommation dans les détroits reliant la mer noire à la Méditerranée, pour s’assurer de toujours s’enrichir sans faire prospérer les cendres de l’Empire Ottoman et les territoires musulmans.

Vaincus militairement, politiquement et économiquement, le monde musulman ne s’est pas relevé à ce jour. Pour continuer à survivre, et nous disons bien là survivre et non pas évoluer ou se développer, il dû adopter les codes et usages des vainqueurs : adoption de la monnaie des vainqueurs pour le commerce extérieur, importation de la culture occidentale contre l’accès à la modernisation, appropriation des sous-sols par les puissances occidentales (Russie comprise, même si le processus est autre), adoption du calendrier du vainqueur (vous comprenez maintenant pourquoi ça fait grincer des dents quand on vous voie tout heureux de souhaiter l’année du vainqueur, quel pire situation que de ne pas se rendre compte qu’on a perdu), etc.

Les mouvements anticolonialistes n’y pourront rien car, et c’est là le plus beau coup que l’Occident a su jouer, ces derniers ont étouffés la dernière barrière possible à cet establishment colonialiste : la barrière idéologique, en qualifiant d’arriérés et de dangereux islamistes ceux qui souhaitaient un retour à l’ordre ancien. Les anciennes puissances prenant même un malin plaisir à voir leurs futurs larbins liquider l’opposition islamiste en usurpant aux yeux du peuple leur statut de héros.

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David BIZET
David BIZET
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