Histoire

1921-2021 : centenaire de la Guerre du Rif

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Il y a 100 ans jour pour jour, la résistance rifaine remportait une victoire décisive sur l’armée espagnole qui occupait le nord du Maroc. La veille ce sont 1500 soldats qui se sont déplacés depuis leur quartier général d’Anoual en direction de Dhar Ubarran (Mont Abarran), une colline stratégique surplombant la mer Méditerranée et les villages de Temsamane. L’objectif des militaires était de soumettre ces tribus et préparer le terrain afin de neutraliser le siège de la Résistance à Ajdir chez les Beni Ouriaghel, de l’autre côté de Oued Nekour. En arrivant sur la colline, ils installent des sacs de sable et entourent la colline de barbelés pour fortifier leurs positions.

Dhar Ubarran (Mont Abarran) occupe une position stratégique dans cette zone entre mer et montagnes 

En franchissant l’ouest Amekrane, le général Silvestre rejette d’un revers de la main, avec mépris l’avertissement d’Abdelkrim, qui le prévenait qu’une telle aventure serait considérée comme un acte de guerre. « Cet homme est fou ! Je ne vais pas prendre au sérieux les menaces d’un petit juge berbère que j’avais à ma merci il y a encore peu. Son insolence mérite un nouveau châtiment ! » ¹

A peine la nouvelle de l’occupation de cette colline connue que 3000 combattants rifains menés par le Mujahid Amar Temsamani armés de moyens rudimentaires sont dépêchés. En fin de matinée de ce mercredi 24 Ramadan (1339 AH), le contingent du général Villar est littéralement anéanti. Une grande partie fuit vers son QG d’Anoual tandis que 140 militaires sont tués dont tous les officiers, parmi eux le commandant Juan Salafranca Barrio. Un seul haut gradé est laissé en vie par les combattants pour leur apprendre à se servir de l’artillerie récupérée en butin. Refusant de le faire, Diego Flomesta Moya meurt en captivité le 30 juin. D’ailleurs même 100 ans après, l’Armée de Terre espagnole lui a rendu hommage sur son compte twitter. Quant à Amar Temsamani, il tombe martyr ainsi que plusieurs de ses hommes en franchissant les barbelés.

Cette bataille a largement contribué à préparer le terrain pour la bataille d’Anoual qui allait se dérouler quelques semaines plus tard le 22 juillet. La victoire de Dhar Ubarran, plus connue auprès des masses populaires du Rif que celle d’Anoual, est célébrée dans la poésie traditionnelle rifaine (Izran) en ces termes :

Ô Mont Abarran, Ô carie des os
Celui qui t’as induit en erreur il a lui-même des déboires
Tu semble être dupé lorsque le chrétien a osé entrer à Temsamane
Temsamane n’est pas si facile, crois-tu que ce soit de coquelicot
Ô Mont Abarran, Ô carie des os
Où les bombes explosaient et où les chevaux hennissaient
Où les soldats étaient tendus comme des poissons
Leurs casques étaient éparpillés comme des poivrons grillés
Où le commandant et le traducteur étaient morts
Ô capitaine Huelva, le cercle s’est rétrécit sur toi
où sont tes soldats ? Personne n’est vivant
les Aït Ouriaghel se sont mobilisés ; petits et grands
Ô Amar fils d’Oufkir, c’est sur les fils barbelés qu’il a succombé
Ô Amar El Madani, Ô brave combattant
tu as combattu avec ton pistolet et tu as continué avec ton sabre
Vous, les rifains, vous êtes depuis toujours des combattants
vous avez combattu avec vos mains et les filles aussi ont combattu à vos cotés
elles portaient les jarres sur leurs dos et grimpaient les rochers
elles portaient les fournitures sur le dos et montaient la montagne
le pain du sucre orné d’un fil
Fadma la rifaine est digne d’avoir une telle progéniture
elle est digne d’avoir ceint une ceinture de quatre réaux
digne d’avoir fait des bercements au bébé…

(¹) Héros de l’Islam, ‘Issâ Meyer, page 376

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