17 Ramadan de l’an 2 de l’Hégire, la Grande Bataille de Badr

Badr ! Un nom qui aujourd’hui encore résonne dans le cœur des musulmans… Première grande victoire militaire de l’islâm, tournant de la mission prophétique, mentionnée à plusieurs reprises par Allâh dans le Qur’ân, Badr porte une dimension symbolique résumée dans l’invocation du Prophète ﷺ‬ au matin de la bataille : ‘Seigneur, si nous sommes vaincus en ce jour, plus personne sur cette Terre ne glorifiera Ton nom !’ Le sort de l’islâm, et par là le destin de l’Humanité, se jouait en ce jour…

Replaçons le contexte historique : nous sommes au mois de ramadân de l’an 2 de l’Hégire (mars 624). Il y a désormais près de deux ans que les musulmans de Makkah ont suivi le Prophète ﷺ‬ à Médine, fuyant les persécutions des polythéistes. Ces derniers, non contents d’expulser les croyants, ont également saisi leurs biens, et avec ces fonds spoliés, ont organisé une grande caravane commerciale en direction de la Syrie. Apprenant le passage de cette caravane chargée de leurs richesses, dirigée par Abû Sufyan et faiblement gardée, non loin de Médine, 317 volontaires se présentent auprès du Prophète ﷺ‬ pour s’en emparer : 86 muhâjirûn et 231 ansârs. Il n’y a pas de temps à perdre. Rapidement, le départ de l’expédition est donné malgré la faiblesse des moyens matériels (soixante-dix chameaux et seulement deux chevaux); arrivés à ar-Rawha, le Prophète ﷺ‬ confie l’étendard de l’armée musulmane à Mus’ab ibn ‘Umayr, la bannière des muhâjirûn à ‘Ali ibn Abi Talib et celle des ansârs à Sa’d ibn Muadh.

Entre temps, Abû Sufyan, qui a appris le départ de l’armée islamique, envoie chercher des renforts à Makkah et manoeuvre habilement sa caravane le long de la mer Rouge pour gagner du temps et attendre les renforts qui ne manqueront pas cette occasion rêvée de tenter d’anéantir les musulmans. Effectivement, à la nouvelle de l’affrontement qui s’annonce, Makkah entre en ébullition : les volontaires de toutes les tribus affluent par centaines autour d’Abû Jahl et l’armée de Quraych, réputée pour son invincibilité dans toute la péninsule arabique, se met en marche. Elle compte plus d’un millier de guerriers redoutables, sept cents dromadaires et une centaine de chevaux, des chiffres imposants pour l’époque et le lieu.

Le Prophète ﷺ‬ consulte alors ses hommes sur la stratégie à adopter; la réponse de Saad ibn Muadh, le porte-étendard des ansârs est sans appel : ‘Ô Messager d’Allâh ! Au nom des ansârs, je te dis d’aller où tu veux, de t’allier à qui tu veux, de rompre les liens de qui tu veux, de prendre de nos biens ce que tu veux et de nous laisser ce que tu veux. Quoique tu ordonnes, nous le ferons. Par Allâh, dusses-tu aller jusqu’aux confins de la péninsule, nous te suivrons; dusses-tu traverser cette mer, nous la traverserons avec toi !’ Rassuré sur la motivation des troupes, le Prophète ﷺ‬ ordonne alors à l’armée musulmane de marcher jusqu’au puits de Badr, une vallée proche de la Mer Rouge logée au croisement de la route de Médine et de celle reliant Makkah au Shâm, et d’y installer son campement; il fait également boucher les autres puits du site, montrant son sens tactique aigu, et installe son poste de commandement au sommet d’une colline surplombant le champ de bataille afin de garder la main sur les opérations.

Au petit matin, l’armée de Quraysh apparaît à l’horizon… ‘Seigneur, voici Quraysh !’, s’écrie le Prophète ﷺ‬. Ils sont venus pétris d’arrogance et d’orgueil. Ils sont venus Te narguer et traiter Ton Messager d’imposteur. Seigneur, j’implore Ton alliance et Ta promesse ! » C’est alors qu’Allâh révèle à Son Messager l’aide qu’Il va lui apporter : des millers d’anges pour combattre à ses côtés ! Rassuré par cette révélation, le Prophète ﷺ‬ passe la journée et la nuit suivante en prières et invocations, sous le tronc d’un arbre… À l’aube du vendredi 17 du mois de ramadân de l’an 2, la petite troupe musulmane et l’orgueilleuse armée de Quraysh, enivrée par sa supériorité numérique, se mettent enfin en rangs dans la vallée de Badr. On ne commence alors jamais une bataille sans des duels préalables, qui mettent aux prises les combattants les plus fougueux des deux camps : côté musulman, ce sont ‘Ali ibn Abi Talib, Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib et Ubaydah ibn al-Harith qui s’élancent et prennent l’avantage sur leurs adversaires mecquois, rapidement éliminés…

Fou de rage devant la véritable correction reçue par ses meilleurs guerriers et commandants, Abû Jâhl lance l’assaut général des polythéistes… Le Prophète ﷺ‬ retient ses hommes et fait donner les archers, suivant la stratégie élaborée la veille. Les premiers rangs des mecquois sont décimés par les flèches musulmanes et la mêlée générale s’engage alors : les valeureux guerriers musulmans résistent avec fougue, aux cris de ‘Ahad ! Ahad !’ (Unique ! Unique !), à un contre trois, à l’énorme fracas de l’armée de Quraysh et la bataille fait rage pendant plusieurs heures jusqu’à ce que les polythéistes commencent à montrer des signes de fatigue…

Le Prophète ﷺ‬ ordonne alors une contre-attaque générale foudroyante à ce cri : ‘Chargez ! Par celui dont l’âme de Muhammad est entre les mains, Allâh fera accéder au Paradis quiconque d’entre vous aura combattu, aujourd’hui, dans la patience et l’endurance, chargeant et sans s’enfuir, jusqu’au moment où on le tue !’ L’assaut dévastateur de l’armée islamique disloque complètement les contingents mecquois : c’est la déroute complète pour les ennemis de l’islâm, et Abû Jâhl est même tué par deux jeunes ansârs dans l’humiliante retraite !

Les corps des soixante-dix inconscients qui osèrent défier Allâh et Son Messager ﷺ‬ jonchent la vallée de Badr, tandis qu’un nombre équivalent de captifs mecquois est également tombé aux mains de l’armée musulmane. Quatorze martyrs sont tombés au champ d’honneur : six Muhâjirûn et huit Ansârs. Après avoir passé trois nuits sur le champ de bataille, le Prophète ﷺ‬ ira leur rendre un dernier hommage sur leurs tombes : ‘Réjouissez-vous d’avoir obéi à Allâh et à Son Messager ! Nous avons vu se réaliser ce que notre Seigneur vous avait promis ! Avez-vous vu, maintenant, ce que notre Seigneur vous avait promis ?’

En ce vendredi de ramadân, trois cents hommes déterminés et entièrement soumis à Allâh et son Prophète ﷺ‬ venaient d’abattre – et même d’humilier – la plus puissante armée d’Arabie. Désormais l’islâm était une force avec laquelle il faudrait compter. Après Badr, plus rien ne serait plus jamais comme avant…

Ribât

Issâ AR-RÛMÎ
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