‘Izz al-Dîn al-Qassâm, le père de la résistance islamique en Palestine

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Le 20 novembre 1935 tombait au combat le père de la résistance islamique en Palestine, l’infatigable da’i et revivificateur, modèle de droiture morale et spirituelle, chef fougueux et organisateur discipliné, combattant courageux prêt à sacrifier sa vie pour montrer la voie : ‘Izz al-Din al-Qassâm.

Né en 1882 à Jableh, dans l’actuelle Syrie, il part au Caire en 1902, où il suit les cours de la fameuse université d’al-Azhar, alors en pleine ébullition intellectuelle. Là, il forme la pensée qui va guider son futur activisme : très critique des pratiques sclérosées de son temps, il va prêcher la renaissance d’un islâm à la fois purifié des innovations et capable de se défendre face à la colonisation occidentale. Après sept ans passés en Égypte, imprégné de ses conceptions réformatrices, il lance un programme de revivification de la pratique islamique. Très vite, sa campagne est couronnée de succès : les habitants de Jableh reviennent massivement à une pratique plus orthodoxe de l’islam et il gagne une réputation de piété, de simplicité et d’un certain sens de l’humour qui fait sa popularité auprès du peuple.

En septembre 1911, l’Italie envahit la Libye, alors ottomane : très impliqué, al-Qassâm lance immédiatement une collecte de fonds pour financer la résistance libyenne. Plus encore : en juin 1912, il monte sur le minbar et appelle les volontaires à s’engager autour de lui pour mener le jihâd contre les Italiens. Il recrute environ 250 volontaires, des vétérans de l’armée ottomane, et met en place un fonds pour financer leur expédition et une pension pour les familles des combattants en leur absence. Toutefois, arrivés en Égypte, ils sont renvoyés par les autorités ottomanes : un nouveau gouvernement a pris le pouvoir à Istanbul et a décidé d’abandonner la résistance libyenne pour se consacrer au front des Balkans.

En 1918, l’Empire ottoman s’effondre sous les coups de boutoir franco-britanniques : bien décidé à défendre sa ville et s’opposer à l’invasion française de sa terre, al-Qassâm met en place une force de défense locale. La milice de Jableh résiste vaillamment aux attaques des milices alaouites (déjà!), financées par la France, et parvient à les repousser. Mais l’arrivée massive de troupes françaises force les hommes d’al-Qassâm à se retrancher dans les montagnes de la région, au Jabal al-Akrad, d’où ils lancent des raids de guérilla, embuscades et autres sabotages de voies ferrées, contre l’occupant. La France parvient à écraser l’insurrection : condamnés à mort par contumace par un tribunal militaire, al-Qassâm et ses plus fidèles lieutenants réussissent à franchir les lignes françaises avec de faux passeports et rejoignent Haïfa, alors sous mandat britannique. Une nouvelle ère s’ouvre alors dans la vie d’al-Qassâm, qui ne reverra plus jamais sa région natale.

Il va mettre fin, pour un temps, à ses activités militaires et revient au travail de da’wa de terrain : proche des gens, accessible et doté d’une grande éloquence, il concentre son action sur les classes populaires déboussolées par la colonisation juive croissante, particulièrement les paysans du Nord. Partout, il va à leur rencontre pour leur apporter le message de l’islâm, dans les rues, les cafés à shisha et même à la sortie des maisons closes, et il met en place des cours du soir pour les ouvriers urbains. En 1929, il est nommé greffier des mariages au tribunal islamique de Haïfa : cette nouvelle fonction lui permet de travailler en profondeur les villages du Nord de la Palestine, où il encourage les paysans à mettre en place des coopératives agricoles, tout en dénonçant et combattant certaines traditions locales hérétiques.

Profondément révolté par la souffrance insupportable des classes populaires palestiniennes et la rupture de l’équilibre social local par la colonisation, il développe un radicalisme politique profond en rupture avec la tradition conciliatrice des élites traditionnelles de Palestine, qui pensent pouvoir arrêter l’immigration juive par la négociation avec les Britanniques : pour lui, la solution ne pourra passer que par la lutte armée contre les Anglais et les sionistes à la fois. De même, il comprend immédiatement, presque instinctivement, la nature foncièrement religieuse du conflit, alors que les autres chefs palestiniens n’y voient qu’une colonisation classique à laquelle ils apportent une réponse nationaliste et laïque. L’avenir lui donnera raison sur ces deux points.

Al-Qassâm met alors au point un programme d’action en 3 étapes : préparation psychologique du peuple et diffusion du discours révolutionnaire au sein des masses; formation d’une élite combattante, de cadres et de groupes clandestins, entraînement physique, militaire et spirituel, collecte de fonds et d’armes; et enfin déclenchement de la révolte qui doit libérer la Palestine de ses occupants, avec le soutien du peuple. Il dissimule ses projets révolutionnaires sous couvert d’activités religieuses, propage l’agitation politique en délivrant des prêches enflammés encourageant à la lutte et à la formation de cellules de combattants. Il se rapproche également du fameux Hajj Amin al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem, qui l’a nommé à son poste au waqf. Al-Qassâm échoue néanmoins à convaincre les élites palestiniennes, grandes familles et riches propriétaires fonciers qui font le jeu des Britanniques et des sionistes : il s’aperçoit qu’ils ne souhaitent pas mettre en péril leurs positions en affrontant frontalement l’occupant, et qu’il devra s’opposer à eux pour mener à bien son projet.

Deux ans plus tard, en 1931, al-Qassâm est parvenu à mettre en place un réseau d’une dizaine de cercles de partisans, tous indépendants les uns des autres, formés essentiellement de paysans et d’ouvriers : bien qu’implanté surtout dans le nord de la Palestine, il compte des disciples partout, jusqu’à Gaza. Débute alors la phase de formation : d’anciens officiers ottomans assurent l’entraînement militaire et physique, tandis qu’al-Qassâm met un point d’honneur à fournir un enseignement moral et spirituel à ses hommes, qui doivent être des modèles de bon comportement. Les ‘Qassamiyyûn’, très disciplinés, doivent nourrir les pauvres, soutenir les malades, maintenir les liens de parenté, ainsi que se laisser pousser la barbe et porter un Qur’an partout où ils se déplacent en signe de dévouement à la cause. Al-Qassâm met également en place un fonds pour permettre à ses partisans de se marier, tout en leur apprenant à lire et écrire. Il installe son QG dans les grottes proches de Jénine afin d’y entreposer des armes.

En 1935, il a recruté et formé environ 800 hommes, organisés en petites cellules équipées d’armes à feu et d’explosifs, connus sous le nom de ‘Main noire’ (al-kaff al-aswad). Finalement, au mois d’octobre, un incident au port de Jaffa met le feu aux poudres : la découverte d’une cache d’armes clandestine destinée à la milice juive de la Haganah déclenche une indignation arabe générale. Pour al-Qassâm, les conditions sont désormais réunies : il décide de lancer l’insurrection. Alors qu’on lui fait remarquer la faiblesse numérique de ses troupes, al-Qassâm répond : « Peu importe, il faut seulement un exemple pour le peuple. » Le 8 novembre, un gendarme britannique est abattu à Ein Harod : al-Qassâm est immédiatement accusé. Avec une dizaine de ses partisans, il décide de rejoindre la clandestinité, quitte Haifa et se dirige vers les collines entre Jénine et Naplouse, passant de village en village pendant dix jours, nourri par les paysans favorables à sa cause.

Finalement, le 19 novembre, l’armée britannique, lancée dans une gigantesque chasse à l’homme, encercle les Qassamiyyûn autour d’une grotte dans le village de Sheykh Zayd. Cerné par plus de 600 soldats britanniques, al-Qassâm enjoint ses hommes à mourir en martyrs et montre l’exemple en ouvrant le feu : la résistance, acharnée, va durer jusqu’au lendemain. Il tombe finalement au combat en compagnie de trois de ses hommes, pendant que cinq sont capturés, à court de munitions. Sa mort héroïque au combat électrise le peuple palestinien, et stupéfie les élites : à Haifa, des milliers de personnes forcent les lignes de police pour participer à sa salât janaza, dans ce qui est alors le plus important rassemblement politique de l’histoire de la Palestine. Un cortège de dix kilomètres de long l’accompagne à sa dernière demeure. Des grèves sont lancées partout en Syrie et en Palestine; face à la réaction du peuple, même les partis les plus laïques et les plus favorables aux Britanniques sont obligés de lui rendre un vibrant hommage.

Le lendemain, le journal égyptien al-Ahram honore ainsi sa mémoire : « Nous t’avons entendu prêcher depuis ton minbar, nous appeler à l’épée… À travers ta mort, tu es plus éloquent que tu ne l’as jamais été dans ta vie. » Cinq mois après le décès de leur émir et guide spirituel al-Qassâm, ses anciens partisans lancent de nouvelles attaques, provoquant la Grande Révolte arabe de Palestine en 1936, durant laquelle ces cellules de guérilla vont jouer un très grand rôle. Surtout, son martyre n’aura pas été vain : tournant fondamental dans la résistance palestinienne, il laisse en héritage l’idée, désormais largement partagée par les masses, d’une lutte armée, populaire et sans concessions avec l’occupant, à l’inverse d’une élite corrompue et pro-occidentale qui pensait sauver ses privilèges au prix de concessions avec les Britanniques et les sionistes.

Ribât

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Issâ AR-RÛMÎ
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