Youssef ibn Tachfine, fondateur de Marrakech

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Il fut sans conteste l’un des plus grands sultans de l’histoire du Maghreb, au point que certains lui attribuèrent le titre honorifique de ‘6ème calife bien-guidé’. Véritable idéologue en armes, fondateur de Marrakech, défenseur de la foi islamique la plus orthodoxe, unificateur du Maghreb, sauveur d’al-Andalus, vainqueur des croisés, modèle du souverain musulman juste et antithèse du despote, les qualificatifs manquent pour décrire l’œuvre de Yusuf ibn Tashfin.

Rien ne semblait pourtant destiner le jeune homme à une telle gloire : né dans la tribu des Lemtouna, qui nomadise au cœur du plateau désertique de l’Adrar et aux confins du Sahara, il a déjà plus de 30 ans lorsqu’il rejoint le mouvement des Murâbitûn (Almoravides), fruit de l’union d’un prêcheur malékite venu du Nord et d’un émir berbère ambitieux. Chassés par les leurs, leurs partisans se voient contraints de se réfugier dans un ribât sur l’île de Tidra, au large des côtes atlantiques. Yusuf est parmi eux. Sous une discipline de fer, les Murâbitûn deviennent une véritable confrérie de moines-soldats prête à s’abattre sur les tyrans corrompus et les tribus hérétiques du Maghreb.

En moins d’une décennie, ils s’emparent de toutes les terres entre le fleuve Sénégal et le Bouregreg (Rabat aujourd’hui). Rien ne semble pouvoir les arrêter et les grandes villes tombent une à une entre leurs mains, Sijilmassa, Aoudaghost ou encore Aghmat. Pendant ces campagnes, Yusuf ibn Tashfin s’est particulièrement distingué par son sens aigu du commandement et sa piété : ainsi, l’émir, son cousin Abû Bakr, lui remet-il le commandement du nouvel empire tandis qu’il s’en retourne porter la flamme du jihâd vers le Sud, au-delà du Sahara. Pour consolider ses conquêtes et installer ses soldats du désert, Yusuf décide de fonder, au pied des montagnes de l’Atlas, une nouvelle capitale impériale : ce sera Marrakech, un joyau qui sera son legs aux générations futures.

Puis les campagnes reprennent, vers le Nord : Fès tombe en 1075, Tanger en 1079, Tlemcen en 1080, Sebta et Oran en 1082. Sous le triple slogan de ‘répandre la vertu, corriger l’injustice et abolir les impôts non-islamiques’, la progression des Murâbitûn est vécue comme une libération par les populations du Maghreb. L’année suivante, les armées de Yusuf atteignent ce qui sera la limite de leur expansion vers l’Est : Alger. Car une nouvelle campagne l’attend, de l’autre côté du Détroit de Gibraltar. Menacés par les raids sans cesse plus audacieux d’Alphonse de Castille, les roitelets d’al-Andalus ont appelé au secours ce mystérieux souverain berbère qui semble alors invincible. Sans plus attendre, Yusuf débarque dans la péninsule ibérique et écrase les armées croisées à la grande bataille de Zallaqa en 1086, portant un net coup d’arrêt à la ‘Reconquista’.

Sa gloire est désormais à son zénith et ses faits d’armes sont connus jusqu’en Orient, où al-Ghazali le recommande auprès du calife abbasside de Bagdad, qui le nomme ‘amir al-muslimîn’ pour l’Occident islamique, après une allégeance en bonne et due forme. Yusuf est à nouveau appelé en Andalousie, mais cette fois par les shouyoukhs du pays qui le supplient de mettre fin à la tyrannie des rois de taifas, qui se sont à nouveau soumis aux croisés et écrasent le peuple d’impôts tout en se vautrant dans la débauche. De par sa nature austère et ascétique d’homme du désert, toujours vêtu d’une laine rugueuse, le sultan a naturellement en dégoût les excès des roitelets andalous. En deux nouvelles campagnes, les Murâbitûn mettent fin à la division chronique d’al-Andalus, exilent les tyrans de pacotille au Maghreb et prennent possession de l’ensemble de leurs domaines, rétablissant l’ordre islamique. Seul le Cid, à Valence, lui résistera jusqu’à la mort.

En l’an 1100, à 90 ans, Yusuf ibn Tashfin règne ainsi sur un immense empire transcontinental de 4 millions de km2 qui s’étend des rives du fleuve Sénégal à celles de l’Èbre, au nord de la péninsule ibérique. Avec près d’un millénaire de recul, son œuvre nous paraît immense, presque surhumaine : partout, le sultan almoravide, aussi bon administrateur qu’il est général, a établi l’ordre & la justice sous l’égide de la sharî’a, uni sous le sabre de l’islâm les tribus divisées par le sang, honoré les savants, posé les bases de la prospérité économique par sa politique fiscale, géré les deniers publics avec exemplarité. Lorsqu’il rejoint finalement son Créateur en 1106 après un siècle de vie au service de la Religion d’Allâh, il laisse en héritage son œuvre la plus durable : la diffusion massive de l’islâm sunnite, malékite en l’occurrence, au Maghreb.

Ribât

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Issâ AR-RÛMÎ
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