L'expatriation au Royaume-Uni

Biographie d’Abu Hamid al Ghazali

C’est en l’an 450 de l’hégire (1058) dans le Khorasan, près de la ville de Tus, à Gazala, qu’apparait au monde celui que certains nommeront plus tard ”la preuve de la religion” (hujjat al islam) : Abu Hamid Muhammad Ibn Muhammad al Tusi al Ghazali.

Très jeune, son père, fileur de laine (ghazzal), l’envoie avec son frère Ahmed (futur lettré) apprendre l’islam auprès d’un imam local avant de suivre cours dans l’école de sa ville. Adolescent, il entre en contact avec des professeurs de la ville de Jurpan, desquels il apprend les bases qui lui serviront toute la vie. Il a alors la vingtaine quand il rentre auprès des siens à Tus. Sur le trajet, l’étudiant est dépouillé par des hommes en arme qui ne lui laisse que ses notes ; c’est pour lui le déclic : il décide, une fois rentré chez lui, d’en mémoriser la totalité. 3 ans plus tard, Abu Hamid al Ghazzali gagne Nishapur, célèbre capitale de la région connue pour ses doctes et écoles. Il s’y trouve à l’époque le fameux Abu al Ma’ali al Juwayni, professeur chaféite exerçant dans l’une des universités Nizamiya fondées par le vizir et mécène seljoukide, Nizam al Mulk. Là-bas, il y finalise ses études en droit chaféite comme en théologie, ne quittant l’endroit qu’une fois le professeur al Juwayni quittant ce monde. Il gagne dès lors la cour du vizir Nizam, observant alors les vicissitudes du monde politique et ses fastes. A ce moment, sa notoriété s’envole, grâce, déjà, à de nombreux traités et livres appréciés de tout un monde.

En 484H (1091), al Ghazali devient lui-même professeur. C’est à Bagdad, encore au sein d’une université Nizamiyya, qu’il enseigne alors le droit chaféite à de jeunes étudiants, apprenant de son côté encore la philosophie et la logique. Il devient à ce moment l’un des savants les plus consultés de la région, émettant par là nombre de fatwas. Mais 4 ans après son investiture, l’homme doute et sent qu’il n’a là-bas plus sa place, il quitte la navire et rompt avec toutes ses attaches : c’est le moment de l’errance. Son frère la remplace à son poste, il part pour Damas et s’enferme dans une école chaféite pour n’en repartir qu’au bout de plusieurs mois, exécutant son pèlerinage à La Mecque et visitant Médine, Jerusalem, l’Egypte ou encore Hébron. En proie à ses démons, son esprit est en ce temps si brouillé qu’il en perdit même la parole. On ne le retrouve qu’en 493H (1099) dans sa ville natale, donnant modestement des cours de jurisprudence 5 années durant. Passé ce temps, le fils du vizir Nizam, Fahr al Mulk, le rappelle à l’université Nizamiyya de Nishapur. S’y refusant d’abord, il finit par obtempérer et redevenir le professeur qu’il était. Il y travaille jusqu’en 503H (1109), résolu désormais à prendre sa définitive retraite et s’adonner, loin des gens, à l’adoration la plus totale. Il meurt quelques temps plus tard, un 14 jumada II de l’an 505 (1111), sa dépouille reposant désormais à Tus.

Adepte du tassawuf, ascete reconnu, Abu Hamid al Ghazali écrira de nombreux épitres sur la foi, la nature de l’âme ; invitant fréquemment son lecteur à faire de la spiritualité et de la suffisance de peu des piliers de sa vie. Son orthodoxie acquise au travers de ses études le mèneront cependant à de sévères critiques à l’égard des sectes soufis ayant substitué à la Loi une mystique salvatrice. Reconnaissant sur le tard avoir parfois perdu du temps à se complaire en des sciences inutiles et spéculatives, il deviendra encore l’un des plus farouches opposant aux philosophes aristotéliciens et néoplatoniciens de son temps. Il en résultera un ouvrage majeur finalisé en 488H (1095) : Tahafut al Falasifa (L’incohérence des philosophes). Il condamne alors la philosophie d’époque à l’aide des propres outils philosophiques, ciblant particulièrement al Farabi et Ibn Sina (Avicenne). Ibn Rushd lui rétorquera d’ailleurs au travers de son fameux Tahafut al tahafut (L’incohérence de l’incohérence). Aussi, le Dar al Islam en plein conflit sunnito-chiite, l’imam y participera à sa façon, à l’aide de sa plume en tentant de dévoiler dans le texte toute la supercherie des croyances chiismatiques. Aussi, pendant sa retraite spirituelle et passée sa crise intellectuelle, il réalise ce qui sera son oeuvre majeure encore aujourd’hui lue dans le monde entier : Ihya ‘Ulum al Din (Revivification des sciences de la religion).

Si on lui reprocha une connaissance du Hadith parfois faible, une trop grande propension au rationalisme en des moments de sa vie ; le patrimoine qu’il léguera à la communauté musulmane restera l’un des plus importants de l’Histoire. Ayant rédigé une cinquantaine d’ouvrage, il est encore aujourd’hui pour les universitaires européens celui qui stoppa la renaissance philosophique en Islam ; pour les musulmans : le réformateur du 5ème siècle de l’hégire et l’un de ses plus grands imams.

Sarrazins

A propos de l'auteur

Renaud KLINGLER
Renaud KLINGLER
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