Des sionistes du Christ

Cours d'arabe

Donald Trump avait promis à Benjamin Netanyahu de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem durant sa campagne ; voilà chose faite. Si l’on sait que les lobbies pro-israéliens avaient travailler à ce que ça se fasse, nous étions moins au courant de toute l’importance accordée à cette affaire par nombre de chrétiens américains.

Pour être plus précis, nous parlons là de protestants évangélistes, minoritaires ailleurs, mais aux États-Unis comptant plus de 60 millions d’âmes. Optant pour une approche très littéraliste de la Bible, traditionnellement de droite (républicains), ils ont aux États-Unis une influence grandissante. Lors de la campagne présidentielle de Donald Trump, ils trouveront naturellement en lui le candidat idéal : ils seront 80% à voter pour lui. Part importante de son électorat, certains des hommes ayant intégré son gouvernement en viennent aussi. Zélés chrétiens protestataires, il paraît ainsi difficile de les imaginer soutenir le développement d’un Etat juif, et pourtant.

La passion qu’a cette Église pour Israël date même des années Reagan. Jerry Falwell, prédicateur d’antan et sioniste de conviction va même en ces temps modifier profondément le parti républicain. Depuis, des groupes de chrétiens sionistes vont ça et là émerger, gagnant toujours en puissance et persuasion. C’est ainsi à leur initiative qu’a été votée en 1995 le Jerusalem Embassy Act, la loi contraignant le président des États-Unis à déménager l’ambassade américaine à Jérusalem. Si tant de temps s’est écoulé depuis, c’est seulement faute à une clause autorisant le dit président à repousser pour des raisons de sécurité sa décision de 6 mois en 6 mois. Tous les présidents en profiteront. Jusqu’à Donald Trump.

Depuis son investiture, c’est un balais incessant de conseillers chrétiens conservateurs qui se rendent à la Maison blanche afin de convaincre l’homme. Certains affirment qu’il ne se passait pas un jour sans que le débat n’arrive sur la table. De nombreux lobbies y seront aussi allés de leur lettres et manifestations. Parmi eux figure le groupe My Faith Votes, présidé par Mike Huckabee, ancien candidat à la primaire républicaine et père de Sarah Huckabee Sanders, la secrétaire de presse de la Maison-Blanche. Il y a aussi l’American Christian Leaders for Israel, qui aura elle prévenu le président que le temps pressait… Citons encore la National Christian Leadership Conference for Israel, le Christian Zionist Congress, Voices United for Israel ou la Christian’s Israel Public Campaign. Toutes organisent collectes et pèlerinages en Israël, et manifestent régulièrement dans les rues leur soutien réitéré au sionisme. Aussi ont-ils de solides appuis : l’ex-conseiller stratégique Steve Bannon, le vice-président Mike Pence, Tom Cotton, sénateur de l’Arkansas pressenti pour reprendre la tête de la CIA, ou encore Sebastian Gorka, ex-conseiller de Trump lié à l’extrême droite hongroise.

Mais pourquoi tant de sionisme ? C’est simple : pour les chrétiens évangéliques, un retour de Issa sur terre passe par la reconnaissance d’Israël comme État juif, puisque ce retour aura lieu en Israël après y avoir rassemblé le peuple juif. C’est en Terre sainte qu’aura lieu le combat final entre le Créateur et le mal au bas de la colline de l’Armaggedon. Et c’est à l’issue de cette bataille que les juifs devraient se faire chrétiens, reconnaissant enfin Issa comme le Messie. En 2010, selon une étude du Pew research center, 58% des Évangéliques blancs (et 41% de l’ensemble des Américains) estimaient d’ailleurs qu’Issa allait revenir sur terre avant 2050…

Avec cette décision, Donald Trump fait ainsi d’une pierre deux coups : satisfaire ses donateurs juifs et pro-israéliens, dont le milliardaire Sheldon Adelson ; et remplir son contrat (moral) signé avec son électorat chrétien évangélique. Quand intérêts politiques et messainismes se croisent…

Sarrazins

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Renaud KLINGLER
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