L'expatriation au Royaume-Uni

Soundiata Keïta, père du Mali

Figure majeure de l’Afrique médiévale, Soundiata Keïta n’est autre que le fondateur de l’Empire du Mali et grand oncle de Mansa Moussa, alias l’homme le plus riche de l’histoire connue.

Né en 586 de l’hégire (1190) au royaume Manding, il est alors le fils, annoncé selon la légende par les devins, du roi Naré. Promis au trône, il voit cependant celui-ci lui passer sous le nez à sa mort, son frère se faisant couronner à sa place. Contraint à l’exil avec sa mère, il échappe alors à la conquête de ses terres en 625H (1228) par le roi du Sosso voisin, Soumaoro Kanté. L’homme fait alors des ravages dans tout le Manding, massacrant aussi la quasi totalité de sa famille.

Loin de ce qui s’y passe et pas en mesure d’intervenir, il se fait des années durant aux arts de la guerre, devenant un chasseur aguerri et déjà largement respecté et écouté des siens. En 632H (1235), prêt et accompagné de plusieurs milliers de guerriers lui ayant juré fidélité, il provoque le roi de Sosso au combat. C’est la bataille de Kirina. Détruisant les forces de l’envahisseur, qui s’évanouissent dans la nature, Soumaoro Kanté est peint tantôt comme mort au combat, tantôt comme un fuyard finissant ses jours en une grotte. Proclamé roi des rois, Soundiata Keïta réunit alors l’ensemble des petits royaumes existants en un seul, c’est l’Empire du Mali qui sort de terre. Il fait alors de sa ville natale, Niani, la capitale. Les débuts sont cependant difficiles, tant une partie de la population, animistes et acquis à la cause du roi déchu, semble ne pas être prête à accepter Soundiata. Beaucoup partiront en des contrées voisines.

Fort de ses victoires et acquis, il prend en 637H (1240) possession de la célèbre ville de Koumbi Saleh, alors capitale de l’Empire du Ghana qui n’est plus. Il est fait empeureur. Aidé des ses ressources naturelles, l’Empire du Mali voit son commerce fleurir. On y exploite aussi des quantités d’or faramineuses qui feront bientôt de l’Afrique de l’ouest un terrain envié jusqu’en Europe. C’est sous son règne que la culture du coton est introduite. De forts liens diplomatiques, commerciaux et intellectuels se nouent d’ailleurs avec les Almoravides plus au nord, l’entreprise faisant se tracer de longues et durables routes au travers du Sahara.

Combattant et maître de guerre respecté, il devient plus encore apprécié pour son administration. Sachant faire cohabiter, bien que des tensions soient là, animistes et musulmans sur son sol, il fait placer ses vizirs en chaque province en lesquelles il fait appliquer la Loi islamique. Soundiata Keïta, bien que dirigeant seul son empire, est aussi secondé par tout un conseil des anciens – dont des membres de la célèbre et secrète confrérie des chasseurs – auprès duquel il se tourne régulièrement. Ce modèle consultatif, largement inspiré du système islamique déjà existant, faut dire à ses contemporains qu’il serait ainsi l’un des 1ers libéraux et démocrates du continent.

Ce qui fait aussi et encore sa renommée de nos jours est une charte, prononcée lors de son intronisation après la bataille de Kirina. Transmise oralement par les griots jusqu’à aujourd’hui, classée au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, la charte de Kurukan fuga serait selon ses commentateurs l’une des premières déclarations de droits humains. Elle pose ainsi en principe le respect de la vie humaine, la liberté individuelle comme le droit à la propriété et à ne plus avoir faim. Point le plus important : elle impose l’abolition de l’esclavage alors devenu courant en Afrique de l’ouest (et qui le restera dans les faits). Mais son authenticité reste discutée, surtout qu’elle s’entrecroise avec une autre charte, orale, recueillie plus tôt auprès d’autres chasseurs confréristes, racontant parfois son contraire.

À sa mort en 653H (1255), son Empire s’étend de l’Atlantique au Niger, du Sahara à la forêt ivoirienne. Riche en péripéties, son épopée s’est transmise oralement au fil des siècles, variant au gré des versions des griots. Pour les uns, il meurt de vieillesse, pour d’autres, mourant accidentellement au cours d’une fête. Cependant, tous les récits semblent s’accorder sur toute la grandeur de l’empereur défunt, si sévère et inflexible, aussi et surtout visionnaire et sage.

Sarrazins

A propos de l'auteur

Renaud KLINGLER
Renaud KLINGLER

“Sarrazins” est un webzine indépendant, crée en 2016, qui a pour vocation d’apporter un regard musulman sur l’actualité

1 Commentaire sur "Soundiata Keïta, père du Mali"

  1. Il est temps que nous les enfants d’immigrés nous intéressions vraiment à notre histoire,il n’y a pas de présent sans passé, et pas de futur sans présent. Merci pour cet article:!

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