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Le 30 juillet 762, le calife Abû Ja’far al-Mansûr ordonnait la construction de Bagdad

Le 30 juillet 762, le calife Abû Ja’far al-Mansûr ordonnait la construction de celle qui deviendra la cité de la gloire des Abbassides, de Bayt al-Hikma (la maison de la sagesse) ou encore de l’imâm Ahmad, la splendeur de la civilisation musulmane : Bagdad.

À la recherche d’un site pour y construire sa nouvelle capitale après avoir chassé la dynastie omeyyade, al-Mansûr tombe littéralement amoureux d’un emplacement le long du Tigre où l’eau abonde, s’exclamant : « C’est certes ici que je fonderai une cité, que je vivrai et où mes descendants régneront! » De tout l’empire, il fait alors venir ingénieurs, architectes, artistes (dont Abû Hanifa, chargé du comptage des briques) – et plus de 100.000 ouvriers – pour mettre en œuvre ce qu’il conçoit comme une grandiose expression terrestre du Paradis. Il pose lui-même la première pierre à ces mots : « Au nom d’Allâh ! Louange à Allâh ! La terre est à Allâh, Il la lègue à qui il veut parmi ses serviteurs : la vie future est à ceux qui Le craignent. Maintenant, construisez! »

Quatre ans de travaux plus tard, Bagdad, que l’on surnomme alors « Madinat as-Salâm », sort de terre, sous la forme d’une cité circulaire de 2,5km de diamètre centrée autour de la grande mosquée et du palais du calife, célèbre pour son sublime dôme vert. Très vite, la nouvelle métropole éclipse l’ancienne capitale perse de Ctésiphon, 30km au Sud, et devient la plus grande ville que le monde ait connu, comptant plus d’un million d’habitants seulement quelques décennies après sa fondation : librairies et bibliothèques, centres de traduction, universités comme la Mustansiriyah y côtoient marchés et caravansérails, affirmant la double vocation de la cité d’al-Mansûr, à la fois plaque tournante du commerce entre océan Indien, extrême-Orient, Asie Centrale, monde slave et Occident, et grand centre de savoir, de connaissance et de science.

Phare du monde islamique, elle est naturellement le théâtre de tous les débats, toutes les controverses, toutes les intrigues entre les courants théologiques, politiques ou philosophiques qui divisent les musulmans. Ainsi, de tous temps, ou presque, la merveille de la Ummah sera disputée entre sunnites et chiites : divisée par de véritables batailles rangées qui éclatent entre quartiers confessionnels sous les Abbassides, puis vassalisée par les Bouyides (chiites), reprise par les Seljoukides (sunnites), humiliée par les Fatimides (ismaéliens), la ville connaît ensuite un long déclin suite à ses saccages par les Mongols en 1258, Tamerlan en 1401 puis les Safavides en 1508.

Quand les Ottomans la reprennent en 1535, Bagdad n’est plus que l’ombre d’elle-même, et le restera : à l’aube du 20ème siècle, elle ne compte plus qu’une centaine de milliers d’habitants. La nouvelle capitale de l’Iraq ne connaîtra un nouvel essor que dans les années 70s avec les revenus du pétrole… Avant d’être à nouveau ravagée par les bombardements occidentaux et l’invasion américaine, suivie d’une nouvelle ère de domination chiite marquée par la volonté d’effacer la présence et la mémoire sunnites de la ville, illustrée par la récente décision de bannir 80 noms des rues baghdadies, dont Salahuddin et… Harun ar-Rashid, le fondateur même de la fameuse Bayt al-Hikma qui avait fait la renommée mondiale de Bagdad.

A propos de l'auteur

Issâ AR-RÛMÎ
Issâ AR-RÛMÎ
Blogueur, fondateur du blog "Dar al-Murâbitîn" consacré à l'histoire et l'actualité à la lumière de l'Islam

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