L'expatriation au Royaume-Uni

Aux origines de la surveillance des activités liées à l’Islam par l’État Français

J’aimerais aujourd’hui partager avec vous un texte, publié en 1884, qui pose les fondements de la surveillance des activités liées à l’Islam par les autorités françaises. Le texte est tiré de l’ouvrage « Etude de l’Islam en Algérie » et est signé Louis Rinn, qui fut successivement chef de bataillon d’infanterie, chef de service central des affaires indigènes au gouvernement général, et vice-président de la société historique algérienne.

Ce texte est publié à l’époque où naît le concept de l’islamisme, à savoir quand les autorités coloniales différencient d’un côté les Musulmans, soumis aux règles de la France, dociles et collaboratifs, et de l’autre côté les islamistes, ceux qui ont comme facteur commun de lutte contre l’occupation territoriale l’Islam. En réalité, il s’agissait plus d’une évolution de la sémantique, puisque l’islamisme désignait depuis le XVIe siècle l’Islam (voir dictionnaire de l’Académie).

Il s’agit d’une époque où les mouvements religieux sont effervescents, d’abord au sein du Califat Ottoman avec le renouveau d’Abdulhamid II, puis en Égypte qui concentre tout une pléiade de réformateurs, mais aussi au Maghreb avec le courant Senouci que nous avons déjà évoqué ici, en Afrique noire avec les courants soufis qui sont connectés via le Caire et le pèlerinage aux idées « islamistes », et dans le sous-continent indien.

Le texte suivant est donc une partie de la préface du livre :

« Depuis une cinquantaine d’années, les puissances occidentales de l’Europe ont fait de grands efforts pour entraîner le Vieil Orient dans le courant de la civilisation moderne. Les résultats obtenus ne sont pas considérables ; et cependant, les quelques progrès réalisés ont suffi pour émouvoir profondément les chefs religieux de l’Islam, qui, par conviction comme par intérêt, sont opposés à ces tendances et à ces réformes.

Pour combattre ce qu’ils regardent comme un danger, ils ont, non sans succès, cherché à exalter le sentiment religieux et à resserrer les liens spirituels qui unissent tous les disciples du Prophète. Leur résistance, d’abord timide et maladroite, s’est peu à peu organisée et développée, dans tous les pays Musulmans. Aujourd’hui, elle a réussi à déterminer un mouvement panislamique qui, s’étendant des îles de la Sonde à l’Atlantique, constitue un véritable danger pour tous les peuples européens ayant des intérêts en Afrique ou en Asie.

Ce panislamisme a surtout, comme force et comme moyens d’actions, les nombreuses congrégations et associations religieuses qui, depuis le commencement du siècle, ont pris partout un énorme développement et exercent une grande influence sur les masses.

Sous prétexte d’apostolat, de charité, de pèlerinages et de discipline monacale, les innombrables agents de ces congrégations parcourent ce Monde de l’Islam, qui n’a ni frontières ni patrie, et ils mettent en relations permanentes La Mecque, Istanbul ou Bagdad avec Fez, Timbuktu, Alger, Le Caire, Khartoum, Zanzibar, Calcutta ou Java. protées aux mille formes, tour à tour négociants, prédicateurs, étudiants, médecins, ouvriers, mendiants, charmeurs, saltimbanques, fous simulé ou illuminés inconscients de leur mission, ces voyageurs sont m, toujours et partout, bien accueillis par les fidèles et efficacement protégés, par eux, contre les investigations soupçonneuses des gouvernements réguliers.

Comme nation souveraine, suzeraine et limitrophe de peuples Musulmans, la France a un intérêt politique considérable à être bien fixée sur le nombre de ces Ordres religieux, sur leurs doctrines, leurs tendance, leurs foyers de propagande, leur rayon d’action, leur modes de recrutement, leurs organisations, etc. […]p>

Nous pensons donc avoir fait œuvre utile en offrant aux lecteurs un exposé aussi impartial et aussi explicite que possible de l’Islam en Algérie […] il fournira des indications précieuses à tous les agents français qui, à un titre quelconque, en Algérie ou à l’étranger, ont la délicate et difficile mission de surveiller les agissements religieux ou politiques des Musulmans.« 

Histoire & Chronique

A propos de l'auteur

David BIZET
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