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Gironde : le Barp touché par des tags racistes

Nous mettons à votre disposition cet article paru dans le journal Sudouest le 4 avril 2013, traitant des actes racistes et islamophobes dont sont victimes les habitants de confession musulmane de cette commune de 4500 habitants.

Cette commune située entre le Bassin et Bordeaux est victime depuis plusieurs mois de tags racistes. Visite des lieux souillés.

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En août 2012, il y avait eu un rassemblement en solidarité avec la communauté marocaine. (archives franck perrogon)

Depuis l’autoroute, il faut prendre la bretelle 23 pour se rendre au Barp, une commune de 4 614 habitants entre l’agglomération bordelaise et le Bassin. Depuis l’été dernier, la ville est régulièrement visée par des tags racistes : l’église a été salie, mais aussi le local prêté à l’Association des Marocains du Barp et des environs (Ambe) et le stade.

Après l’autoroute, une départementale conduit au bourg. Sur la gauche, les barbelés cernent l’enceinte du laser Mégajoule, un centre de simulation nucléaire qui vit quasiment isolé du Barp. Et puis apparaît la zone commerciale.

Dans la périphérie ouest

Sur le parking du Super U, les clients assurent que ces tags n’ont pas été un sujet de conversation. « Moi, explique cette dame de 63 ans, je ne savais même pas qu’il y avait un lieu de culte musulman ici. » Cette autre dame qui va à l’église n’en revient pas non plus : « J’ai été choquée. Comment peut-on voir ça au Barp ? Et puis cette communauté marocaine a toujours été si discrète. Je ne comprends pas ces tags racistes… »

Parfois, le ton est plus virulent : « On vit dans un monde raciste, soupire cette jeune femme. J’ai un voisin marocain et un autre, blanc, qui lui dit ‘‘retourne dans ta mosquée’’. » Pas loin, un homme ne s’étonne plus de rien : « Avec tout ce qu’on voit à la télé et tout ce qui se passe, que voulez-vous ? Je suis routier et y a des endroits où je m’enferme dans mon camion. »

Juste à côté, un minibus propose du thé à la menthe, des kebabs, du couscous et des tajines. Les premiers Marocains sont arrivés au début des années 60 via un ancien colon qui leur a fait défricher la forêt. Le travail étant là, d’autres sont venus, tous de la région de Meknès.

En suivant la route, le bourg apparaît avec une suite de lotissements emboîtés les uns dans les autres. Le Barp ne cesse de grossir attirant ceux qui travaillent à Bordeaux ou sur le Bassin sans avoir la volonté ou les moyens d’y vivre. Entre 1999 et 2010, le nombre d’habitants est passé de 3 242 à 4 557.

Au centre de la commune

C’est une petite ville tranquille, en effet. François Hollande y a battu Nicolas Sarkozy avec 54 % des voix. Au premier tour, le Front national avait atteint 17,61 % des voix, soit un score plutôt moins élevé que dans les communes alentours.

Après les lotissements, le centre du bourg est constitué par le croisement de deux départementales. C’est là que se trouve l’église, le premier édifice tagué. On pouvait y lire « mort au religion », puis « anarchie », et enfin le sigle anarchiste accompagné d’une croix gammée. « Ces fautes d’orthographe ne sont pas anecdotiques, pense le père Bacqueyrisses, curé au Barp depuis neuf ans. Et la proximité de l’anarchie et de la croix gammée révèle une certaine précarité d’analyse, non ? » Il n’a pas voulu porter plainte, ni même effacer les tags : « Moins on en parle et mieux c’est. »

Dans la périphérie est

De l’autre côté, en partant vers Belin, la mairie, toute rose. Mais silencieuse. « On m’a demandé de ne pas faire de vagues pendant l’enquête, dit Christiane Dornon, la maire divers droite. Alors je n’en fais pas. » Ce qui n’est pas le cas de son opposition, le groupe Objectif Le Barp, qui s’est emparé de l’affaire, quitte à être parfois accusé de l’instrumentaliser : « C’est surprenant de devoir se justifier d’avoir organisé des actions contre le racisme, explique Christian Bayrand, le porte-parole. Il y a eu des expressions racistes et il ne faut pas les laisser passer, même si ces faits sont isolés et ne sont pas significatifs de la population barpaise. » Enfin, il faut prendre la route de Saint-Magne pour se rendre à Haureuils, le hameau où se trouve le local prêté par la ville à l’Ambe, celui qui a été plusieurs fois tagué. En chemin, il y a le stade de foot dont les palissades ont aussi été taguées il y a quelques jours : « Dehors les étrangers », des croix gammées et un sigle SS. Elles ont été repeintes.

Entre Saint-Magne et Le Barp, au milieu de la forêt, apparaît donc le fameux bâtiment, une ancienne boulangerie. Repeints, les tags se voient encore : « maire = collabo » ; « Dehors sales rats » ; « La France est à nous » ; des croix gammées ; etc. Un cocktail Molotov a même été déposé devant l’entrée, sans être enflammé, en décembre dernier.

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La petite mosquée a été victime à plusieurs reprises d’actes de haine

Bilal El Filali, vice-président de l’Ambe, cette association qui peut regrouper pour des fêtes 3 à 400 personnes, ne comprend toujours pas. « Je suis plus barpais que beaucoup de Barpais puisque je suis ici depuis quarante ans. J’ai connu le Barp avec 500 habitants ! Mes enfants sont nés ici, ils sont français, alors quoi ? On ne demande rien, aucune subvention, rien. » La seule revendication est d’acheter avec leurs propres fonds un terrain pour bâtir un local qui servirait aussi de lieu de prière, « une demande légitime », dixit Jean-Pierre Hamon, le sous-préfet.

« Nous devons rester calmes, poursuit le vice-président de l’Ambe. Et puis, nous ne sommes pas les seuls visés. Et non, je ne crois pas qu’il y ait du racisme au Barp. »

Alors qu’est-ce que ces événements disent du Barp ? Le père Bacqueyrisses a son idée : « Pas grand-chose à mon sens, voire rien. Disons qu’il y a au Barp comme ailleurs des jeunes sans repères. »

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La Rédaction D&M
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